QUI A TUE
PROMETHEE ?
Tragi-farce en trois lieux et seize tableaux
Présentation : A Eu, petite bourgade située aux confins de la Haute Normandie et de la Picardie, un travail de fond da'ction culturelle est mené depuis plus de
vingt ans par le théâtre des Charmes et son président Gilles Cauchy. Travail de fond, profond, travail dans l'ombre, travail nécessaire, intelligent, véritable ouverture sur le monde du théâtre,
de la culture, sur le monde sensible. Travail amateur qui tente de jeter sans cesse des ponts avec les professionnels. Travail méprisé par l'Institution puisqu'il est nécessaire...
A l'occasion des vingt ans du théâtre des Charmes, il m'a été passé commande d'une pièce. J'ai écrit pour Gilles Cauchy, auquel je rends hommage, pour ses élèves,
pour toute l'équipe du théâtre "Qui a tué Prométhée ?"
L’action se passe en 2006, à Eu, en Normandie, puis dans les étages de l’Olympe, puis dans les sous-sols de l’Olympe.
Personnages, par ordre d’apparition.
- Circé, formatrice
- Des élèves d’option théâtre
- Charybde et Scylla, gendarmes eudois
- Ariane, fille de Prométhée
- Hermès, crieur de journaux
- Cassandre, Grande Liftière Olympienne
- La secrétaire de Pénélope
- Des prétendantes, dont une « poétique »
- Pénélope
- Alecto, Tisiphone et Mégère, Erinyes du MEDEF (Mouvement pour l’Expansion Durable de l’Enchantement sans Frontières)
- Des déménageurs
- Un clown
- Le Sphynx, liftier d’ascenseur intermittent, ancien comédien
- Le Minotaure, metteur en scène
- Les Organistes Gaveurs de Muses.
- Le Grand Muselier, bras droit d’Apollon
- Les neuf Muses, Directrices du cabinet d’Apollon : Clio, Erato, Euterpe, Polymnie, Terpsichore, Melpomène, Thalie, Calliope, Uranie
- Les conseillers et attachés des Muses
- Dédale
- Deux nourrices
- Les cyclopes, directeurs de grands théâtres.
- L’ombre de Tirésias
- Tirésias, devin liftier préposé à l’ascenseur des enfers.
- Perséphone
- Tantale
- Aphrodite
- Sisyphe
- Narcisse
- Tityos, ex Jean Vilar
Toute ressemblance avec des faits ou des personnages ayant existé ne serait pas forcément fortuite
EU, TABLEAU 1
Un théâtre. Sur le plateau s’échauffe un Circé. On entend des « Prométhée ? » en coulisses. Des élèves arrivent.
Circé. C’est par ici par ici oui oui par ici par ici si si venez venez par ici si si venez ici ici venez à moi moi moi moi moi...
Elèves. Prométhée ?
- Il est pas là ?
- Il ?
Circé. Prométhée ? Cherchez Prométhée pourquoi quoi quoi quand suis là là cherchez Prométhée pourquoi quoi quoi Prométhée quand suis promesse ici …
Elèves. Pourquoi… ?
- C’est…
- C’est notre prof, quoi
- C’est pas ici aujourd’hui ?
- Si c’est ici.
- Vous ne l’avez pas vu ?
Circé. Prométhée pas vu non pas vu pas pas pourquoi Prométhée suis là et suis Promesse jeunes gens qui tant confiance tant savoir désirez et moi suis là moi qui
tant vous aimerez et vous m’aimerez nous nous aimerons venez à moi moi moi moi moi moi…
Elèves. Il est jamais en retard d’habitude…
- Si mais pas autant…
- Il est brun…
- Taille moyenne…
- Un début de ventre…
- Genre quarante ans qui mange bien…
- Genre fils de boucher.
- Vous êtes sûre que vous l’avez pas vu ?
Circé. Comment savoir comment saurons découvrons nous pour le savoir Prométhée parti suis là désormais Prométhée disparu honteux quarante ans déjà et si peu connu
honteux pauvre vieux parti place à moi moi moi moi moi moi…
Elèves. On va le chercher…
- Le mercredi c’est le seul jour où on a envie d’aller au lycée alors…
- On veut notre cours, nous...
Circé. Notre cours votre cours oh mes p’tits courts beaux vous êtes beaux mes p’tits courts mes p’tits charmes si beaux charmes je vous aime déjà venez à moi moi
moi moi moi…
Elèves. Tu comprends ce qu’elle dit, elle ?
- Rien.
- On va demander à Martine si elle sait…
Circé. Martine savoir ah ah Martine savoir quand Circé ici finie Martine quarante ans Martine Prométhée trop vieux éléphants boiteux partis solitaires partis
mourir…
Les mots « mourir et « morts » commencent à circuler entre les élèves.
Circé. en secret honteux d’être si peu partis j’arrive regardez-moi suis là écoutez-moi suis là mes mousses égarés sur le vaisseau charmes mes mousses votre écume
modèlerai dans le vent des poètes laissez-vous faire ayez confiance suis là Promesse de beauté enfin mes mousses…
Un élève prend Circé au cou.
Elève. Tu vas nous dire où ils sont, bordel !
Circé. Oh violence oh violence oh si pure et belle violence nerfs sublimes cri si cri cristal de furie oh comme beaux êtes beaux en votre cosmique détresse « Tu vas
nous dire tu vas nous dire » merveilleux je vous l’ai dit vous le redis partis mourir ailleurs alors je me présente Circé titulaire du Diplôme National Supérieur d’Enseignement Minute des auteurs
post contemporains mention mieux qu’actuel y’a pas mieux que cette mention-là je suis là venez à moi moi moi moi moi…
Nouveau long silence. On entend peut-être des « Prométhée » Crises de nerfs, d’hystérie, évanouissements, etc. Sur la réplique qui suit, Circé
fait taire les élèves, puis modèle leurs corps et fait de leur groupe une sorte de procession sculptée, dénuée du moindre expressionisme. Les élèves abasourdis se laissent faire. Ils échangent de
muets et timides regards.
Circé. Oh regrets oh larmes oh nerfs oh rages oh ses espoirs oh jeunesse amie oh hystérie aimez adorez Prométhée mort criez mais sans cri enfouissez vos mystères au
profond si fond regardez-moi « Prométhée mort quoi » figé en vous stupeur mystère dignité « Prométhée mort quoi » pétrifié visage inexpressif mystère et cri enfoui montrer moi non moi rien
« Prométhée mort quoi » rien signe désigne et prédateur veille silence et pierre sculpture muet désespoir éternité du désespoir « Prométhée mort quoi » figé muet sculpté vide creux spectateurs
questions qu’est-ce que pourquoi sans larmes eux quelle métaphysique « Prométhée mort quoi » silence éternité vides creusez l’absence sens sens l’absence fait sens et Circé chante « Prométhée
mort quoi » soit et puis alors Prométhée mort alors Circé chante désespoir et dés d’espoir cri du dessous et cri du dessus « Prométhée mort quoi » chante Circé écoutez-là qui chante passé sans
avenir avenir passé beauté beauté beauté alors pourquoi pleurer larme qui rit larme qui pleure et Jean aussi futilité non ne rien montrer plus rien figez-vous et devenez éternité devenez Lisses
devenez Froids devenez Mystères devenez Profonds avec moi moi moi moi moi…
Noir.
Vous voulez lire la suite ? Je vous l'enverrai GRATUITEMENT. Ecrivez-moi. pat.greg@yahoo.fr