Il est assis sur un cube. En tailleur peut-être. Ou bien sur un morceau de rocher posé sur le cube. Il grimace avec méthode. Emet des sons de la même manière.
Il pousse un ou plusieurs cris. Il rit.
Ca y’est ! Je le savais ! Ca y’est !
Il regarde les spectateurs, grimace et vocalise encore.
Ne partez pas je n’ai pas fini… Nous sommes en quelle année ?
Il bouge la tête doucement. Rit encore.
C’est drôle ça des têtes tournées vers moi qui me tourne vers elles Qui me regardent et qui se taisent depuis que je bouge. Ca me rappelle bien l’début ça…Y avait du noir aussi comme... Du flou
aussi. Du noir du flou et parfois des têtes qui me regardaient. Mais au dessus de moi. Des grappes de têtes. Et parmi elles, y’avait mes deux blanches. Ces deux blanches là je voyais qu’elles
avec leurs faces de lunes pâles tranquilles. Les autres je les voyais pas. Je pouvais pas, elles appelaient là bas, je regardais là bas hop elles étaient ici. Elles appelaient ici, je regardais
ici, hop elles étaient là bas. Et toujours percées d’une espèce de… comment… de puits noir devant. Noir profond. Qui voulait me manger. Souvent il approchait le puits, jusqu’à me prendre la
chair. Alors je hurlais. Tandis que les deux têtes blanches avec leurs faces de lunes pâles tranquilles… elles venaient, elles restaient, les autres partaient et ces deux là non, elles restaient,
bougeaient pas. Je savais pas très bien ce qu’elles attendaient ces deux têtes là, alors je leur racontais une histoire. Comme… Toujours la même, j’en connaissais qu’une. Enfin une histoire… Pas
de sujet pas de verbe pas de complément. Un long rheu. Elle devait leur plaire mon histoire parce qu’elles restaient souriaient mes deux lunes pâles quand je racontais. Alors je le faisais bien
durer mon rheu.
Il constate «qu’elles restent», dont qu’il peut raconter.
Elles restaient et je humais de la placidité sous ces deux têtes blanches. Jusqu’à ce jour là quoi… qui on peut le dire… a marqué une étape décisive sur le chemin qui m’a emporté vers mon
moi-même. D’abord. Et ensuite ici… Je devais avoir un an ou autour de… Je sais pas qui m’a soulevé mais j’ai été soulevé. J’ai été soulevé, et qu’est-ce que j’ai vu au loin à travers une
ouverture dans le mur ? Qu’est ce que j’ai vu ? J’ai vu des têtes blanches au loin. Et parmi ces têtes blanches-là y’en avait une plus haute que toutes les autres qui brillait plus brillante que
toutes les autres sous le soleil. Une tête blanche, mais blanche, plus blanche que mes têtes blanches qui écoutaient mes histoires. Elle brillait que j’en étais ébloui, brûlé de l’œil, et ses
brillances étaient comme des bras de lumière qui chantaient «Tu viens ?» Et j’ai dû trop la fixer trop cette tête blanche là, parce que ses bras lumineux m’ont brûlé les yeux. Y’a eu comme un
éclair sous mon crâne, et ça a senti. Je savais pas ce que ça sentait mais ça sentait. Aujourd’hui je sais ce que ça sentait parce que j’ai humé cette odeur là plus tard. Ca sentait la maison qui
brûle après le passage de la foudre. Est-ce que celui ou celle qui me tenait a senti aussi, je sais pas, mais je sais qu’on m’a posé. Et mon pied a touché le sol. Mon pied tout seul. Jusqu’à ce
jour là mon genou avait entraîné mon pied. Là non. Le pied tout à coup seul au sol. Qui choisissait sa voie, le pied. Qui entraînait son genou. Je sentais bien : Le pied d’abord. Le genou plus
haut qui suivait, et puis des zones troubles à fonction marchante non clairement définie à cette époque. Et tout là haut mon crâne d’un an, avec dedans sa cendre noire. Et puis loin là bas au
loin, les têtes blanches entrevues. Ma tête blanche qui brillait de tous ses bras qui m’appelaient. J’en avais une envie de répondre à son appel. D’aller lui raconter mon rrrhhheeeuuu… Alors mon
pied, je veux dire mon autre, mon deuxième donc, jaloux de ce qu’on peut appeler la découverte du premier, hop, il est passé devant. Ca a été le début d’une rivalité sans concessions entre mes
deux pieds. Rivalité dont j’ai su jouer pour… Je reviendrai sur la relation particulière tissée par mon moi même avec mes pieds… Celui qui s’était posé le premier : pas content. «Le premier
s’appelle premier parce qu’il est le premier !» Hop devant. Le deuxième :
- Suis pas né pour suivre !
Zou ! Le premier a refusé de discuter. Hop ! Sous mon crâne ce jour là, ça sentait trop le brûlé pour concilier ou stratégifier la rivalité. Et puis y avait tellement d’agitation là haut. Ca
interjectivait à tout va. Tous penchés sur moi. Des oh, des ah, des hi, des rires… Même les murs qui me tendaient les bras. Ils s’étaient jamais approchés aussi vite les murs. Mais toujours au
moment où j’allais les embrasser, deux mains m’agrippaient et me tournaient. Ca a commencé ce jour là les directives adultesques. Le jour où j’ai marché. Hasard ? L’agitation dans les murs !
- Moi d’abord ! Hop !
- Suis pas né pour suivre ! Zou !
Partis ! Je cherchais la tête blanche qui brillait.
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