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Textes de Patrick Grégoire. Théâtre, contes, nouvelles, témoignages, récit de voyage, roman

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L'amérique (1992) théâtre

Personnages :

    Henry
    Arthur
    Elle
    L’Homme



Tableau 1

    (Un entrepôt. Deux lits de fortune, un réchaud, des bouteilles, une table, des amoncellements de matériaux à l'abandon. Arthur mime les premiers pas d'un bébé qui deviendra petit garçon, puis oiseau. Il cherche à parler sans y parvenir. L'homme les observe, invisible pour Arthur et Henry.)

HENRY. Sur l'aube de l'astre roulait le silence infini des cellules océaniques.
Des boyaux liquides émanaient les fragiles amibes naufragées du néant primordial.
Des légions d'étreintes muettes sous les baisers du soleil naissaient des légions d'embryons lippus.
Jusqu'à cette nuit déchiquetée par le cri primal de l'humanité dans un océan de silence médusé.
Le Grand Oeuvre avec cristallisé le son dans la marmite tiède de ses heures accoucheuses.
L'homme pas même homme hurla sa soif de puissance en vacarmes homicides.
Le cri du sauvage devint l'ordre du fort.
L'ordre du fort devint la parole du sage.
Les rots fastueux des rois devinrent les mots cauteleux des lois.
Le muscle emprunta la ruse à l'esprit.
La seringue du verbe inocula l'artifice aux pistils de la raison.
La parole devint la messagère de l'imposture.
Je veux dormir pour ne plus m'entendre.
Je ne veux plus dormir j'ai peur du réveil.
Je veux demain qui nous emmènera loin mais j'ai peur d'emporter là-bas le mensonge d'ici.
J'aime les muets.
Ils ne peuvent tricher.
Il n'a jamais triché.
Les obsessions enfouies au coeur de son âme les souvenirs lovés au coeur de sa moelle les désirs les pensées qui le taraudent le charnier qu'il cultive et le salpêtre gratté aux parois de son foie tout chez lui sent le soufre en fusion qui veut jaillir en logorrhées d'injures foudroyantes.
Les langues serpentines des flammes infernales prisonnières de sa forge explosent en multitudes de feu follets libérés par ses pores.
Torche vivante mon frère.
Possédé par la brûlure secoué de transes accouplé aux courants vitaux des magmas tu t'écroules épuisé dévasté pillé.
Ton corps liquéfié emprunte sa couleur à l'or dans les volumes de l'espace et les volutes de tes spasmes.
Tu as pressé la détente de ton être.
Tu es le canon barré.
Tu es le creuset d'étincelles et de poudre.
L'explosion et ses menottes.
Ta chair n'est qu'un vaste chantier.
Tu as fondu ton coeur dans tes membres ta tête dans tes muscles et ton âme dans ton ventre.
Tu es un.
Et l'alliage liquéfié de tes entrailles qui sourd en faisceaux de signes muets étouffe ma parole.
J'imagine parfois que je m'assieds au fond de la mer.
Tu me regardes.
Je te parle.
Mes phrases en bulles s'évanouissent dans le sillage de ta nage.
Tu sais que le mot implosera un jour sous le poids de ses mensonges imprimés.
Tu sais que survivra l'éphémère du geste et de l'image.
Tu sais que tu vaincras et tu attends ton heure.
Salaud.
Est-ce cette croyance fanatique en ton futur qui fait de moi ton maître présent ?
Tu penses à l'oiseau qui picore entre les dents du crocodile sénile.
Je sens chaque jour croître au plus profond de mon crâne ton oeil Caïn qui me reproche le néant de mes interminables monologues.
Qu'y puis-je, Arthur ? J'ai besoin de sonder la profondeur du vide pour y situer mon absence.
Pour y mesurer notre besoin de réincarnation.
Notre besoin d'Amérique.

    (Tout à coup, Arthur regarde Henry. Noir.)

L'HOMME. Comme si les méandres du doute se résorbaient dans les convulsions de l'hypothétique.

Vous voulez lire la suite ? Je vous l'enverrai GRATUITEMENT. Ecrivez-moi. pat.greg@yahoo.fr






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